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Interprétation

Interprétation/ Langue des signes

Quand je n’ai pas de baguette magique

Il paraît que le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, n’a pas de baguette magique. Ca nous fait un point commun. Mais ce n’est pas grave parce que dans cette histoire-là, la volonté suffira.

Est-ce que vous avez entendu parlé de cette triste actualité qui remue la communauté sourde et tous ceux qui gravitent autour ? Non ? C’est normal, parce que tout le monde s’en fout… sauf les concernés. Le truc, c’est que ça concerne tout le monde en fait.

Ah, ma chère France et tes lois qui ne s’appliquent pas ; ah, ma chère langue des signes française et ta difficulté à exister. Ah, ma chère communauté sourde… Le combat n’est pas fini.

La loi de 2005 sur l’égalité des chances en France marque un tournant dans la place de la LSF dans nos institutions. La LSF est enfin reconnue comme langue à part entière et les élèves sourds peuvent choisir de faire leur scolarité en LSF. On parle de classe bilingue avec en 1ère langue la LSF, et en 2ème le français écrit. En gros, les sourds ne sont plus obligés d’oraliser quelque chose qu’ils n’entendent pas et il a fallu des années pour que les autorités l’entendent (jeu de mot à peine exagéré). La loi est belle et écrite dans un français irréprochable. C’est prometteur et le résultat d’un long combat.

« La scolarisation des élèves en situation de handicap est une priorité du Président de la République et du Gouvernement. Avec le secrétariat d’État chargé des Personnes handicapées, l’éducation nationale porte une attention toute particulière à cette question. (…)  quel que soit leur handicap, la scolarisation est un droit garanti par la loi du 11 février 2005, pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. »

Mais, parce qu’il y a un mais. Oui, ceci n’est pas un conte de fée et je confirme qu’il n’y a vraiment pas de baguette magique. Les classes bilingues LSF/français écrit se comptent sur les doigts d’une main en France et en plus, elles sont pour la plupart menacées de fermeture. Les raisons ? Une question de sous, encore et encore. Forcément, quand on prend les sourds pour des gens limités, on leur alloue un budget (très) limité. Pourtant il y a des solutions. Et je laisse Catherine Vella, à l’initiative de la pétition (dis-moi en commentaire que tu l’as déjà signé stp !) vous en parler. Mme Vella est la maman de Vincent, un petit garçon sourd qui parle la LSF et qui ne sait toujours pas où il va faire sa rentrée de 6ème, en Septembre 2018. 

En tant qu’interprète, je traduis régulièrement dans des institutions scolaires où le niveau d’enseignement pour les enfants sourds est tiré vers le bas. Que ce soit des enseignants au niveau de LSF plus que douteux ou des enfants qui doivent faire 3h de route A/R dans la journée pour se rendre à l’école… Les conditions de réussites scolaires ne sont souvent pas les mêmes que pour les élèves entendants. Et puis, pour parler plus particulièrement de mon domaine : quand on met une interface (rien que le mot me pique) au lieu d’une interprète pour traduire des cours d’élèves sourds ? Forcément, là aussi, la magie ne va pas opérer. Ca me fait penser que je ne vous ai pas encore parlé des interfaces ici. C’est pas mon sujet préféré, mais je vous fais un petit topo au plus vite. Y’aurait matière à faire une pétition là aussi ; mais je m’éloigne. Bref, tout ça pour dire que la magie ne pourra rien pour nous à ce niveau-là.

Ce qu’il nous faut, c’est de la volonté. Et souvent, les moyens suivront. Comme par magie !

La voilà votre baguette magique M. le ministre : de la volonté. Quand on a de la volonté, on trouve des moyens; et quand on en n’a pas, on trouve des excuses. Mais la baguette magique LSF n’exite pas M. le ministre.

Pour nos écoles, pour nos enfants (ou l’enfant de mon frère #jesuistata), signons la pétition et…

Gardons latêtefroide,

AA

Ps : la photo vient du site d’information bilingue (LSF-français écrit), Média’Pi.

 

Interprétation/ Langue des signes

Quand EFSLI débarque à Toulouse

Cocorico ! Cette année, le weekend annuel des conférences EFSLI se déroule à Toulouse. EFSLI, c’est le Forum Européen des Interprètes et traducteurs en Langue des Signes. C’est un espace d’échange au sein de l’Europe sur ce beau métier qu’est l’interprétation en langue des signes. Le thème de cette année c’est “Quoi d’neuf docteur ?! Interpréter le soin.”

Ps : je sais pas vous, mais moi je ne m’en lasse pas de voir Vivien signer !

Pourquoi je te conseille de venir ?

  • parce que c’est the place to be quand on est interprète et/ou traducteur en langue des signes :  rencontrer des collègues venus de toute l’Europe, voire plus (des fois, y’a des américains, des japonais, etc.), prendre du recul sur le métier, savoir comment le métier se passe  et évolue au-delà de nos frontières, etc.
  • parce que tu es un professionnel de la santé (aide-soignant, infirmier, médecin, ostéopathe, etc.) et que forcément, tu peux être amené à t’occuper d’un patient sourd et qu’on espère que ça va bien se passer !
  • parce que tu es curieux et que tu n’as pas fini d’enrichir ta culture gé’ ! Tu sais déjà qu’on ne dit pas langage mais langue des signes, mais tu peux encore aller plus loin – Allez, viens ! (#rime)
  • parce que cette année, on fête les 25 ans de l’EFSLI et tu n’auras pas envie de participer à la soirée de gala du samedi soir par l’intermédiaire des photos facebook ; non non…
  • parce que Toulouse est une belle ville et que je te promets que tu auras l’occasion de la découvrir un p’tit peu… en Signes Internationaux !
  • parce que c’est l’occasion de découvrir les Signes Internationaux justement ! (- Quoi ?! Mais je croyais que la langue des signes n’était pas internationale ? – Alors, pour la précision, faudra repasser… Le temps que je rédige un p’tit article please !)

Si tu es convaincu :

  • et que t’as envie de venir ? Ne tarde pas trop pour t’inscrire (les prix augmentent à partir du mois d’Août, c’est-à-dire mardi !).
  • mais que tu ne peux pas venir ? Tu peux toujours nous soutenir en cliquant ici, voire ici si vraiment ton porte-feuille est motivé !
  • mais que tu sais que quelqu’un d’autre sera encore plus convaincu que toi ? Alors n’hésite pas à partager l’article !

Dans tous les cas, convaincu ou non, je te souhaite de :

Garder latêtefroide !

AA

Interprétation/ Langue des signes

Quand je parle politique

Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous étaler ma connaissance politico-politique de comptoir… Je la garde pour mes copains de comptoir justement. Et puis, je parle déjà pas mal de religion sur ce blog, alors je ne vais pas rajouter un 2ème sujet qui fâche : politique du blog (jeu de mot !).

Tout ça pour dire qu’à la veille du vote du second tour des élections présidentielles, il n’est pas donné à tout le monde de voter en son âme et conscience! Vous me voyez venir ?! Je pense notamment à la communauté sourde (pour changer…).

Cette campagne présidentielle aura eu son lot de manquements quant à l’accessibilité en LSF de meetings, de clips présidentiels, etc. mais aussi son lot de réussites avec l’interprétation simultanée en LSF d’autres meetings, débats, et clips présidentiels. A propos de ce dernier point, bravo à Jean Lassale, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon ! 3 clips de campagne présidentielle sur 11 interprétés ? Pas de quoi recevoir une gommette pour bonne conduite.

Selon moi, cette interprétation en LSF dans cette sphère médiatique est importante à deux niveaux :

  • Elle permet l’accès à l’information pour les personnes sourdes qui parlent la LSF (les signants, pour les z’intimes)
  • Elle permet de démocratiser toujours plus le métier d’interprète français-LSF (le mec qui fait de la Tecktonik pour les rigolos)

Ainsi, quand je découvre que les associations Droit Pluriel et BàBDP ont fait l’effort de fournir un résumé en LSF des programmes des deux candidats encore en lice, je me réjouis sur le point n°1, mais reste sur ma faim quant au second point. En effet, l’équipe a travaillé bénévolement (outch !) venant ainsi combler, une fois de plus, l’écart qu’il y a entre la loi 2005 (reconnaissance officielle de la LSF) et la réalité 2017 (parcours du combattant pour suivre la campagne présidentielle en LSF).

Je salue  donc cette initiative, mais je n’oublie pas que la prochaine fois, ce serait mieux si  l’initiative venait des candidats eux-mêmes ! Macron, Lepen, je sais que vous êtes occupés, mais si jamais vous me lisez… Je vous souhaite de :

Garder latêtefroide.

AA

Interprétation/ Langue des signes

Quand l’interprète fait de la Tecktonik ?

Peut-être que tu ne t’en aies pas rendu compte, si tu as deux yeux qui voient et deux oreilles qui entendent, mais suivre cette campagne présidentielle n’est pas un chemin facile quand tu es aveugle ou/et sourd.

Concernant les personnes sourdes et malentendantes, l’accessibilité de cette campagne présidentielle passe par les sous-titres (ou vélotypie en présentiel) et la langue des signes française (LSF).

Sachant que la LSF est officiellement reconnue en France depuis 2005, et que voter est un droit pour tous (plus ou moins tardif selon ton sexe et ton handicap), tout le monde devrait pouvoir suivre cette campagne présidentielle et donc voter en connaissance de cause : « Et ils vécurent heureux et votèrent en ayant tout compris ». Bah non !

C’est dans ce contexte que le mouvement Accès_Cible s’est lancé, tel un gentil défenseur des droits, prêt à rappeler à nos chers candidats qu’il faut parler à tout le monde, ou bien les encourager à continuer de parler à tout le monde, quand ils ont enfin trouvé la belle voie de l’accessibilité !

C’est aussi dans ce contexte-là qu’est sortie cette vidéo-montage sur MinuteBuzz où l’interprète F/LSF est comparé à un danseur de tecktonik. J’ai regardé la vidéo, et j’ai trouvé ça facile : l’interprète comparé à un danseur ? Déjà vu ! ! Ça fait sourire.

Puis, je me suis quand même dit que c’était dommage de tourner en dérision l’interprète français-LSF quand :

  • La plupart des gens ne savent même pas qui est cette personne qui « gesticule » en bas à droite de leur écran de télé : « Svp ! Aidez-moi à supprimer la personne en bas à droite de l’écran sur BFM TV… Ça apparaît tous les midis, et ça me gêne ! » No comment.
  • La plupart des gens ne comprennent pas l’intérêt d’un interprète F/LSF à la télévision : « Oh ça va ! Pour toutes les bêtises qui sont dites, ils ne perdent rien les sourds… ». Je répondrais : « Si, ils perdent le droit de pouvoir le dire eux-mêmes que ce sont des bêtises… ou pas »
  • La plupart des gens pensent que les sous-titres suffisent ! : « Oh ! Mais ils savent lire les sourds… C’est suffisant les sous-titres ! ». Je répondrais en deux temps : 1/ Oui, mais non seulement la qualité des sous-titres laisse encore à désirer, mais aussi, c’est toujours plus vivant de recevoir l’information dans ta langue orale, à savoir la LSF 2/ Pas tous… une des raisons est certainement à aller chercher du côté de l’éducation scolaire des sourds.

D’un autre côté, je me dis que quand on commence à se moquer gentiment (oups ! Je ne sais pas si ces deux mots vont bien ensemble finalement) de l’interprète F/LSF, c’est qu’il commence à faire partie du paysage médiatique, à se fondre dans la masse. Malheureusement, l’interprète français/LSF n’est pas encore totalement fondue dans la masse et beaucoup se demandent encore ce qu’il fait là, et pour quoi est-ce qu’il est là finalement.

Bref, cette vidéo « enfantine » (désolée pour l’adulte qui est derrière) est sympathique, mais je n’étais personnellement pas prête !

Regardez, rigolez ou pas et :

Gardez latêtefroide,

AA

Interprétation

Quand je vais à l’université de Gallaudet

Ce mois de mars 2017 aura été fort en événements marquants. Entre mon premier cheveu blanc (28 ans oblige) et mon voyage à l’université de Gallaudet, voire mon voyage tout court aux Etats-Unis, j’ai eu du mal à choisir le thème de l’article du mois ! Les States auront remporté la bataille, une fois de plus.

Alors l’université de Gallaudet, c’est quoi ? “There is no other place like that in the world”, qu’ils disent. Et, force est de constater qu’ils ont encore raison les américains. C’est simple, l’université de Gallaudet, c’est la seule université au monde où la langue d’enseignement est l’ASL (American Sign Language). Dommage que la langue des signes ne soit pas universelle, j’y serais bien allée étudier moi là-bas ! Ahah ! Oui, parce-que ce n’est pas une université que pour les sourds, mais les entendants aussi peuvent y étudier ; une condition : connaître l’ASL.

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Doctorat/ Interprétation

Quand je RE thèse en 180 secondes

Vous vous rappelez de « Ma thèse en 180 secondes » ? Comment ça non ?! Bref, bah je suis de retour avec une surprise (tout de suite les grands mots !). La vidéo est traduite en LSF ;  jusque là, rien de fou. Si t’es un habitué du blog, tu connais le principe maintenant, et si t’es un habitué de la télé, ça ne devrait pas t’interroger non plus – si tant est que tu sois debout à 6h30 devant France 2 tous les matins ou que tu squattes France 3 le mercredi après-midi. L’interprète en langue des signes en bas à droite de l’écran, easy –  tu connais ! Mais le traducteur sourd (à opposer à l’interprète entendante que je suis !), tu ne connais pas j’en suis sûre ! Forcément, ils ne sont ni à la télé, ni sur mon blog. Pour mon blog, l’erreur s’arrête maintenant. Pour la télé, j’espère qu’ils lisent mon blog et me suivront !

Alors je vous présente Vivien Fontvielle, traducteur, sourd, beau-gosse ! Justement, c’est l’objet de ma thèse. Les traducteurs sourds, pas les beaux-gosses ! On  parle de traducteur sourd, mais pas d’interprète entendant… Cherchez l’erreur ! Bref, je reconnais que l’appellation n’est pas très canon, mais on bataillera sur les mots plus tard.

Du coup, traducteur sourd, quésako ? Bah c’est un traducteur qui a la LSF en langue première, ou langue d’usage principal. Et, c’est souvent un sourd ! C’est vrai qu’on parle souvent des 80% de personnes sourdes qui ont une tendance à l’illettrisme, mais on ne parle pas assez des 20% restant. Et puis, c’est top de voir qu’être sourd ne te destine pas forcément à être professeur de LSF ! Bref, il y aurait tellement à dire et à redire (oui, parce que ce métier n’est pas forcément récent !), mais je crois que j’ai assez parlé pour l’heure et que la suite sera dans un prochain article ! Suspens… (encore les grands mots ! #jenemesensplus).

Admirez ! Kiffez ! Bavez ! Applaudissez ! (Je parle du traducteur bien sûr, et du super travail d’incrustation de Yoann Boyer… et un peu de moi s’il vous en reste !)

www.youtube.com/watch?v=aOuPErLnRSg[/youtube

Gardez latêtefroide,

AA

Interprétation/ Langue des signes

Quand tu paies un interprète

–          «  Allô ?

–          Bonjour, je souhaiterais réserver un interprète français – LSF, pour lundi prochain 16h ; rendez-vous avec le parent sourd d’un élève.

–          D’accord, cela fera 160 euros TTC.

–          Aie, ça fait trop cher pour une école.

–          Ok, je vous le fais à 10 euros du coup… » LOL

L’histoire est vraie, jusqu’au LOL ! Lassée d’entendre « c’est trop cher un interprète », je me décide  enfin à écrire un article, histoire de relativiser, voire justifier, faut bien le dire, le prix de l’interprète.

Quand tu paies un interprète :

  1. Tu paies un bac + 5. – «  Quoi, juste pour être bilingue ? » Non, pas juste pour être bilingue justement, mais pour savoir interpréter. Tout locuteur du français, n’est pas forcément un bon rédacteur hein ? Bah c’est pareil. T’as beau être bilingue, et c’est la base avant de vouloir interpréter quoique ce soit, ça ne fait pas nécessairement de toi un bon interprète.
  2. Tu paies un professionnel. – «  Mais ma cousine a des parents sourds, elle est bilingue,  elle sait interpréter. » Ce qui m’emmène à mon point suivant.
  3. Tu paies une neutralité. Oui, pas sûre que ta cousine saura se contenter d’interpréter sans parti pris si son professeur en vient à parler d’elle en mal.
  4. Tu paies un expert linguistique. Parler deux langues c’est une chose, avoir du recul sur ces deux langues et passer de l’une à l’autre avec aisance, c’en est une autre. Et j’aimerais te dire qu’il n’y a qu’un pas entre les deux, mais non. Il y a minimum 5 années après le bac.
  5. Tu paies un savoir faire. Voir point précédent.
  6. Tu paies un savoir être. Voir point précédant le point précédent.
  7. Tu paies la préparation. Oui, parce que j’ai beau être curieuse et cultivée (la dernière fois j’ai réussi à avoir une réponse à « Question pour un champion »), je ne suis pas encore calée sur l’électricité. Ni sur la nouvelle loi des macrobiotiques. Ni sur la mythologie grecque, etc. Autant de sujets et de domaines dans lesquels nous sommes appelés à intervenir pour traduire. Du coup, ça se prépare. Et la préparation, c’est du temps. Et le temps… Tu connais la suite.
  8. Tu paies le transport. Interpréter à 10 min à pieds de chez soi, c’est pas pareil qu’interpréter à 50 min en voiture. Ne t’inquiète pas, le tout est forfaitaire.
  9. Tu paies un service, tout simplement. Et service ne rime pas forcément avec bénévolat… Même si c’est pour des « pauvres petits sourds », oui.

Voilà, les choses sont dites. J’en ferais peut-être pas tout un fromage, mais pourquoi pas une lettre si nécessaire J’espère quand même que tu pourras :

Garder latêtefroide,

AA

Interprétation/ Je raconte ma vie/ Langue des signes

Quand l’obéissance paie

– « Comment t’as découvert la LSF Aurélia ? » Long story. Mais, j’aime les défis et je vais essayer de vous la faire en moins de 400 caractères (compteur de mots Word faisant foi) ; je vais lésiner sur les blagounettes et les digressions en tout genre.

Eté 2005, je m’apprête à entrer en Terminale S, me rapprochant toujours plus de ma carrière de contrôleur aérien (métier découvert entre midi et deux, posée au CDI, dans un livre sur l’orientation). Ma mère rentre surexcitée (et la dernière fois que je l’ai vue comme ça c’était… jamais) d’une conférence de femmes qui était interprétée en LSF. Elle a kiffé, elle veut apprendre, elle n’a pas le temps (et l’avenir nous montrera qu’elle n’a ni les capacités en fait ; désolée maman). Heureusement, elle a cinq enfants, et il y en aura bien un dans le tas, un pigeon ou un docile – appelez-le comme vous voulez – qui acceptera d’aller prendre des cours de LSF à sa place et rentrera gentiment à la maison lui apprendre à son rythme. Dans sa lucidité, ma mère ne propose le deal, ou l’escroquerie (là encore, je vous laisse choisir le terme le plus adéquat) ni à mes frères ni à ma sœur, mais à moi. Et je ne sais pas si c’est ma curiosité, ou ma docilité qui me motivent (pourtant là je n’ai plus 6 ans mais 17, alors y’avait moyen pour la crise d’ados !), mais j’obéis.

Et là, grosse découverte : ce professeur sourd qui arrive à nous faire cours à nous les entendants, alors qu’on ne comprend rien, mais les choses passent… Et puis, je le vois discuter en LSF avec sa femme et ses enfants entendants. – « Mais, c’est vraiment une langue la LSF, genre on peut tout dire, même un truc de bidule machin chouette d’un cours de chimie à l’université super dur ? » Là, c’est sûr, c’est ma curiosité et les encouragements de mon prof qui me poussent à persévérer jusqu’à la fin de l’année. Christophe, si tu me lis : MERCI  – oui, maman aussi ! Près de 10 ans plus tard et un diplôme d’interprète en poche –  oui, je peux vous le dire mes amis, l’obéissance, ça paie… au sens propre ! Ahah !

Bien sûr que non je n’ai jamais appris la LSF à ma mère ; c’était soit ça, soit j’arrivais à :

Garder latêtefroide,

AA

Interprétation/ Langue des signes

Quand je fête mes 10 ans

Aujourd’hui, ça fait 10 ans jour pour jour (plus ou moins, n’allez pas vérifier) que j’ai pris mon 1er cours de langue des signes française – septembre 2005 ! J’entrais en classe de terminale S3 (dédicace :p) au lycée Elie Faure de Lormont, je me destinais à ma carrière toute tracée de contrôleur aérien (c’était sans compter les concours ratés), et cette langue m’est tombée dessus. Comment est-ce que j’ai atterri là-bas ? Il me faudrait au moins un article pour vous en parler ; et ce n’est pas celui-là.

Mes premières impressions sur cette langue ont été partagées avec mes copines, le midi, à la cantine. Je revois encore Anais et la chinoise (c’est une copine, elle est asiatique, alors on l’appelle la chinoise – logique) qui rigolent quand je fais le signe « ça va », et qui explosent de rire quand je leur montre celui de « lait ». 10 ans plus tard, je ne suis pas sûre qu’elles ne rigoleraient plus. Entre « ça va » et « lait », pas de lien me direz-vous ? Mais ce sont mes premiers signes. Je vous rassure, mes premiers mots étaient… Je plaisante, je ne m’en souviens pas. Et vu que ma mère m’a déjà menti, je n’ose pas lui demander.

Mes copains, eux, étaient beaucoup moins intéressés et voyaient cette nouvelle activité comme une de plus sur ma liste déjà bien chargée de projets. Entre le club radio et l’atelier vidéo, il restait bien de la place pour des cours de LSF après tout. Mais, comme le disait si bien Thomas : « Attention Nana (vieux surnom d’enfance !), tu l’utiliseras pas à la radio cette langue » – humour humour (quoique cf. le PS). 10 ans plus tard, je ne suis pas sûre de ne plus rigoler.

Bref, 10 ans plus tard et un diplôme d’interprète en poche – oui, la LSF était un projet parmi tant d’autres, mais celui-là – contrairement à ma carrière d’animatrice radio ou monteuse vidéo – je l’ai mené jusqu’au bout.

Gardez la têtefroide,

AA

Ps : pour toi Thomas, [dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/x2e2osv_on-est-fait-pour-s-entendre-speciale-surdite_news[/dailymotion]

Doctorat/ Interprétation/ Langue des signes

Quand je passe à la télé

Dans mes rêves les plus fous mais totalement accessibles, si – que dis-je ? – quand je passerai à la télé, ce sera pour chanter et montrer au monde entier ma voix de prodige. Le temps passant et la majorité dépassée, mon statut de petite prodige n’est plus crédible… Pas grave, me reste ma voix. Enfin le problème, c’est que le talent devait venir, et il m’a posé un lapin. Et comme me le dit ma mère : – « toi tu chantes avec les mains, c’est mieux pour tout le monde » ; merci Maman.

Mais, mon heure de gloire est quand même arrivée. Enfin, là aussi j’ai dû revoir mes exigences à la baisse. On parlera plutôt de ma seconde de gloire ; mais gloire quand même, rien à faire. Cette seconde de gloire, je la dois à Yann Cantin, 1ère personne sourde à être devenue docteur en Histoire, en France, en Europe, le 10 décembre 2014 ! Clap clap clap ! Ou plutôt, deux mains en l’air, et on tourne ; à la sourde. Depuis, il y a aussi eu Fabrice Bertin.

Et moi dans tout ça ? Bah moi, j’ai interprété la soutenance de thèse de Yann Cantin. Et le secret professionnel dans tout ça ? Bah c’est passé sur France 5. Alors ok, il n’y a pas autant de téléspectateurs que sur TF1, mais je pense que c’est quand même grillé niveau secret. Et puis le secret professionnel c’est pas vraiment ça à vrai dire ; je vous en parlerai plus tard.

Plus sérieusement, je me la raconte pour pas grand chose ; surtout quand je vois l’humilité avec laquelle Yann Cantin raconte l’obtention de ce titre de docteur. Je vous laisse le lire et découvrir son blog par la même occasion.

Pour terminer, faisons d’une pierre trois coups en visionnant l’émission de « l’oeil et la main » (je suis de 2’05 à 2’08 – si tu m’as loupée, c’est que tu as cligné des yeux ^^), en prenant conscience de la communauté sourde et ses défis quant à l’accès aux études universitaires, et en :

Gardant latêtefroide,

AA