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Je raconte ma vie

Interprétation/ Je raconte ma vie/ Langue des signes

Quand l’obéissance paie

– « Comment t’as découvert la LSF Aurélia ? » Long story. Mais, j’aime les défis et je vais essayer de vous la faire en moins de 400 caractères (compteur de mots Word faisant foi) ; je vais lésiner sur les blagounettes et les digressions en tout genre.

Eté 2005, je m’apprête à entrer en Terminale S, me rapprochant toujours plus de ma carrière de contrôleur aérien (métier découvert entre midi et deux, posée au CDI, dans un livre sur l’orientation). Ma mère rentre surexcitée (et la dernière fois que je l’ai vue comme ça c’était… jamais) d’une conférence de femmes qui était interprétée en LSF. Elle a kiffé, elle veut apprendre, elle n’a pas le temps (et l’avenir nous montrera qu’elle n’a ni les capacités en fait ; désolée maman). Heureusement, elle a cinq enfants, et il y en aura bien un dans le tas, un pigeon ou un docile – appelez-le comme vous voulez – qui acceptera d’aller prendre des cours de LSF à sa place et rentrera gentiment à la maison lui apprendre à son rythme. Dans sa lucidité, ma mère ne propose le deal, ou l’escroquerie (là encore, je vous laisse choisir le terme le plus adéquat) ni à mes frères ni à ma sœur, mais à moi. Et je ne sais pas si c’est ma curiosité, ou ma docilité qui me motivent (pourtant là je n’ai plus 6 ans mais 17, alors y’avait moyen pour la crise d’ados !), mais j’obéis.

Et là, grosse découverte : ce professeur sourd qui arrive à nous faire cours à nous les entendants, alors qu’on ne comprend rien, mais les choses passent… Et puis, je le vois discuter en LSF avec sa femme et ses enfants entendants. – « Mais, c’est vraiment une langue la LSF, genre on peut tout dire, même un truc de bidule machin chouette d’un cours de chimie à l’université super dur ? » Là, c’est sûr, c’est ma curiosité et les encouragements de mon prof qui me poussent à persévérer jusqu’à la fin de l’année. Christophe, si tu me lis : MERCI  – oui, maman aussi ! Près de 10 ans plus tard et un diplôme d’interprète en poche –  oui, je peux vous le dire mes amis, l’obéissance, ça paie… au sens propre ! Ahah !

Bien sûr que non je n’ai jamais appris la LSF à ma mère ; c’était soit ça, soit j’arrivais à :

Garder latêtefroide,

AA

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Quand je n’ai manqué de (presque) rien

Oui, je suis née dans une famille géniale, grande fratrie de cinq, je suis la troisième, place stratégique autant pour moi que pour mes parents. Stratégique pour moi, car je suis pile au milieu des frères et sœur, alors souvent les infos transitent par moi ; et la commère que je (ne) suis (pas) apprécie. Stratégique pour mes parents, car fin des années 80, le gouvernement français offrait de belles alloc’ aux couples qui mettaient en route le troisième, pour booster la démographie ; maman, papa, je vous ai démasqués. Un jour, ma mère me dit : – « arrête de te plaindre, tu n’as jamais manqué de rien ! » Et là, ni une ni deux, je lui dégaine ma liste, cette liste :

– J’ai manqué de Nutella. Le pot arrivait fraichement le samedi matin après les courses et le dimanche matin, il avait déjà disparu dans le ventre de mes frères ; je balance.

– J’ai manqué plein d’épisodes de mes séries préférées. Une télé pour sept, et une seule règle : premier arrivé, premier servi. Et quand les parents arrivaient, l’unique règle sautait et le principe de la priorité entrait en jeu.

– J’ai manqué toutes les nintendos et playstations. C’est simple, on s’est arrêtés à la méga drive.

– J’ai manqué d’argent de poche ; et laissez-moi vous dire que le problème ne venait pas de mes poches.

– J’ai manqué d’espace : une chambre pour 4… Je ri-go-le (tout de suite, les vieux clichés) ! Non, une chambre pour 2, mais ça fait toujours une personne de trop, et ce n’était pas moi d’abord.

– J’ai manqué de swag : forcément, en récupérant les habits de son grand frère, sachant que je suis une fille… J’ai beau avoir du goût et la foi, j’allais pas faire de miracles.

– J’ai manqué de bouffe française : surtout le samedi soir quand c’était repas camerounais ! De simples croque-monsieurs auraient pourtant fait l’affaire !

Par contre, je n’ai jamais manqué d’amour de la part de mes parents, de vacheries de la part de mes frères et sœur, le tout sous fond de solidarité. Néanmoins, cela n’efface en rien le manque de Nutella ; il y a des frustrations plus fortes que tout ça. C’était pas évident, mais j’ai quand même réussi à :

Garder latêtefroide,

AA

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Quand ma mère m’a menti

Oui, le titre est choquant et pourrait facilement faire la une des journaux (et pas seulement de ceux qui sont gratuits), en ces temps où la fessée pourrait bien être punie par la loi. L’histoire qui suit va en choquer, à raison, plus d’un. Je suis la fille parfaite, je suis la plus belle, et je suis la seule fille au monde à m’appeler Aurélia. Tout cela est forcément vrai vu que c’est ma mère elle-même qui me l’a dit d’abord. Bon, je vous rassure, j’ai vite compris à la naissance de ma sœur, qu’il y avait une autre fille parfaite, et en entrant à la maternelle, que ma copine Cécile était bien plus jolie que moi. Mais ce n’était pas grave, je restais quand même la seule fille au monde à m’appeler Aurélia ; du moins, s’il y en avait une autre, elle était forcément plus jeune que moi et ce n’était qu’une recopieuse de Paris – nah.

Oui, je me souviens encore de ma mère me racontant l’histoire de mon prénom : « tu étais ma première fille et je voulais que tu sois unique. J’aimais bien le prénom Aurélie, mais beaucoup trop répandu, alors j’ai inventé ton propre prénom : Aurélia. » Whoua ! Et voilà comment je me suis sentie spéciale et unique pendant les 8 premières années de ma vie.

Le mensonge a été mis au grand jour un jeudi après-midi de CE2 ; il n’y avait plus de lait le matin au petit déjeuner, la journée commençait déjà mal. Cours de récrée de l’école François Villon : – « Aurélia ! », je me retourne et l’autre fille aussi (grrrr – qu’est-ce qu’elle a elle ? – je l’ai tout de suite détestée, par principe !)… et visiblement ce n’était pas moi qu’on appelait mais, elle. Oh ! Scandale ! En plus, elle est en CM1… Peut-être qu’elle a sauté une classe ? Je mène l’enquête, comme j’en ai le secret – déjà à l’époque – et j’apprends que cette fille a un an de plus que moi ! Je m’effondre, je suis au bout de ma vie. Mais je me relève rapidement, ça s’est joué de peu après tout. Et puis, j’ai 14 ans et la collègue de ma mère qui en a 30 s’appelle Aurélia… Là, j’ai compris et accepté : ma mère m’a menti. Et, ma singularité ne sera ni dans ma perfection, ni dans ma beauté, et encore moins dans mon prénom !

Quelques séances chez le psy plus tard (comprendre mes frères qui se payent ma tête !), une bonne crise à ma mère et c’était reparti, j’ai continué à :

Garder latêtefroide,

AA

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Quand je m’appelle Aurélia avec un A

Je m’appelle Aurélia (comme dans Aurélie mais en plus joli), j’ai 26 ans, la descente vers la trentaine est officiellement et tranquillement entamée et j’ai la tête qui va exploser si je ne mets pas par écrit tout ce qui s’y passe ; en partie du moins (le reste, c’est secret ^^). Pour cause, je suis interprète français – (anglais, si si) – langue des signes française (non, pas pour les aveugles !), doctorante en linguistique des langues des signes, et surtout chrétienne ! Non, ne fuyez pas tout de suite, je n’ai pas encore commencé mon prosélytisme. Vous l’aurez compris, avec ces trois casquettes, je n’ai pas le temps de m’ennuyer. Et, pour couronner le tout, je suis une : FILLE (alerte alerte !) ; tout ce qu’il y a de plus banal ET pénible. Alors, autant vous dire que ça cogite là-dedans, entre les hormones, les émotions, les questions existentielles, les jours de guerre (et je ne parle pas de ce qui se passe à l’extérieur dans ce monde, mais plutôt à l’intérieur dans mon corps), les jours de boutons, les jours où je ne suis pas belle, les jours où je n’ai rien à me mettre (et c’est vrai d’abord :/), les jours où tout le monde il est beau, les jours où tout le monde il est contre moi, les jours où je suis canon, les jours de mariage, les jours de conférence, les jours de sieste, etc. Et encore, je suis célibataire, sans enfants ; ouf, les deux vont bien ensemble. Bref, l’écriture et les siestes (entre autres) font partie de mes remèdes pour garder… La tête froide ! Ah, nous y voilà !

Bon, je pense avoir fait le tour de ma personne : L.O.L. Ça fait 26 ans que j’essaie d’en faire le tour, et j’espère que ce blog et vos feed-back (je vous avais dit que je parlais anglais) m’y aideront.

J’ai plein de choses à partager, à vous dire, et ce ne sera ni l’envie ni le goût d’écrire qui me manqueront, mais le temps. Mais un jour à la foi(s).

Gardons latêtefroide,

AA